La slam-analyse ou l’émotion en vérité

J’ai inventé la Slam-Analyse en 2018, suite à la découverte du Slam dans un endroit magique à St Nazaire. Ville portuaire qui accueille des navires de tous horizons, cité de poésie aussi. Au sein d’un lieu dédié, ou Le Prévert si bien nommé, nous nous sommes retrouvés un samedi par mois, poètes de tous âges et métiers. Cheminot, vétérinaire, anciens des Chantiers de l’Atlantique, libraire, infirmière, psy, lycéen, écrivain, médecin, étudiant… Les slams n’indiquent ni carte de visite, ni appartenance politique ou religieuse. Leur parole est libre, créative par excellence. Elle exprime des émotions, des réactions, des prises de position, des révoltes. Elle s’épanouit aussi en joies, éblouissements, émerveillements. Ce que j’appelle La Vie quand elle s’anime de son carburant secret, l’Amour.

S’émouvoir et vibrer, c’est vivre. C’est aimer aussi. Dans nos vies rapides sous haute influence technologique, nous agissons souvent de façon machinale sans prendre le temps de l’écoute intérieure, du ressenti, de l’émotion qui affleurerait si on lui en offrait seulement l’espace. Le Slam, si bref pourtant, est un concentré d’espace. Quelques minutes d’expression pure. La parole jaillit. Parle, on t’écoute. Dis, je te reçois.

Tu me partages tes émotions. Je te ressens. Je réagis en silence. Tu me touches, mon Ame-Mie. Qui sait écouter aujourd’hui, sans jugement, sans commentaires, sans ramener le pseudo-échange à lui ? « Ce que tu dis, tiens cela me fait penser à … » et retour à soi, récupération de la balle. Affrontement muet ou face à face de regards indifférents derrière des paroles sans écho.

J’aime l’écoute, l’attention totale à l’autre qui me parle. Cette ouverture, cet accueil se font de plus en plus rares. Je les ai retrouvés lors de ces soirées slam. Elles m’ont éveillée à la magie de la transmission libre, à cette transe qui se dégage des poèmes enchevêtrés en toute liberté- car c’est cela aussi le slam, de la poésie libre, qui se clame ! Au fil des soirées, je me la suis appropriée au quotidien, comme une hygiène du cœur et de l’âme.

Me voici sous le poids d’une émotion forte, lourde charge qui persiste et me gâche ma joie, tel un nuage qui recouvrirait mon soleil ? Allez, un slam et cela se dégage ! J’ai commencé à écrire, pour moi. J’ai vite goûté au plaisir de dire, d’émouvoir à travers ce qui m’avait émue moi-même. J’ai transmis. On m’a transmis. Chaque soirée slam m’a fait repartir plus riche, plus reconnaissante de ces aveux livrés en libre bande passante. Plus intelligente aussi, car certains slams parlent du monde en fonction des intérêts, sensibilités et connaissances propres aux slameurs. Slams écologiques sur des projets d’urbanisation, d’aéroport vraiment à l’ouest, slams sur la disparition d’espèces menacées, adieu cougars et tigres du Bengale, slams écologiques, slams économiques, slams existentiels sur la solitude, la mort, la maladie, slams relationnels qui mouillent les yeux de qui les écoute, tout se dit. Les questionnements, problématiques et autres interrogations complexes s’apprivoisent mieux par la voie de l’émotion.

Alors avec mes outils de coach, psychanalyste, écrivain, j’ai concocté ce dispositif de slam-analyse.

La slam-analyse nous aide à honorer nos émotions, pas à les recouvrir ou à les dissoudre. Elle les identifie plutôt. Elle les accueille. Elle les honore. Remémoration émotionnelle. Libération des affects. Sublimation esthétique et aussi de… nous-même dans notre sensibilité d’adulte occidental, vibrant et vivant !  Il y a du show dans le slam, un bravo à notre ego qui aime exister, une acclamation à notre Ëtre, unique et singulier,qui veut se dire, se faire entendre, sans pour autant prendre toute la place. Car à travers l’exploration de ce qui s’agite en nous, tombent les masques qui nous protègent de notre propre vérité. Un texte quintessentiel ne se gargarise pas de sa propre suffisance. Il éclaire ceux qui l’entendent. Il illumine celui qui le dit.

C’est ce type de processus que je propose dans mes ateliers, en individuel ou en collectif. Ils ont évidemment une vocation cathartique, c’est-à-dire libératrice avant tout, tant l’expression des émotions s’avère jubilatoire quand elle est conduite de façon subtile et positive. Pas de hurlements stériles ou autres débordements émotionnels spectaculaires ici, plutôt l’attention à ce qui se passe en nous face à…. des évènements, des traumatismes du passé, des situations de vie dont nous avons du mal à nous échapper, des questionnements existentiels qui nous emprisonnent sans nous laisser respirer, des actualités qui nous bouleversent, nous oppressent sans nous laisser l’espace d’une respiration, d’une réflexion, d’une prise de recul nécessaire.

La Slam-analyse est une activité à fondement émotionnel et artistique. Une fois l’émotion identifiée, les cognitions associées s’expriment à travers des mots, des verbes, une ponctuation, une rythmique totalement individuelle et singulière, à l’instar de notre propre respiration. Le cerveau rationnel organise ensuite la mise en forme avant que la subtile alliance du cerveau émotionnel et rationnel n’en livre le résultat final, via la déclamation. Nous le savons, c’est lorsque les deux cerveaux (le rationnel ou « cerveau gauche » /l’émotionnel ou « cerveau droit ») sont en phase et agissent de concert, en harmonie, que nous nous sentons le plus heureux. La slam-analyse nous offre une voie vers cette intégration.

Les sessions de slam-analyse sont de durée variable : une matinée, une journée, une soirée. C’est un échauffement qui vous met sur la voie. Ensuite, à vous de jouer avec cette création personnelle que vous pouvez emporter partout. Un carnet, un téléphone, un ordinateur suffisent à qui voit, sent, entend et ressent. Le plaisir d’expression, contagieux, se transmet aux amis, aux enfants, aux parents. La poésie crée le monde que nous habitons de nos émotions. Recréons-le, recréons-nous avec ces slams !

PS/ Précision pour les détracteurs du franglais : le Slam est un terme sans équivalent dans la langue française. Il est officiellement né à Chicago en 1990 grâce à Marc Smith, un poète de rue. En anglais le mot slam comporte une connotation violente puisqu’il désigne le bruit que fait une porte quand elle claque, Fermeture nette et sans bavure. Parfois, il est bon de claquer la porte sur des émotions ou évènements dont notre vie n’a plus besoin.

« Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée », disait Alfred de Musset.

Apprenons à fermer l’indésirable pour ouvrir à la vie que nous nous souhaitons.

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